Le discernement : la clé du décideur éclairé.

Diriger est un art complexe qui s’acquiert au fil de l’expérience. S’ll repose sur certaines qualités fondamentales, comme l’intelligence, l’instinct, le caractère, l’écoute et le charisme, il se forge aussi dans le creuset brûlant de la difficulté et de l’épreuve. Par ailleurs, il existe une faculté rare, discrète mais essentielle qui permet de construire une vision, une stratégie et de réaliser les conditions de son exécution: le discernement.

Aptitude déterminante, elle confère la capacité de voir clair lorsque tout semble confus. Bien au delà de l’analyse, de la logique pure et de l’intelligence rationnelle, le discernement permet de traverser et de dépasser la brume des évidences et des certitudes établies, des émotions et du branle bas des doutes — les urgences, les opinions dominantes, les données contradictoires — pour distinguer les véritables enjeux d’une situation donnée.

Clausewitz évoquait le brouillard de la guerre pour qualifier l’épaisseur des incertitudes qui pèsent, pour chacun des belligérants, et pointer la difficulté à évaluer avec clarté ses capacités propres comme celles de son adversaire, ses intentions précises, ses leviers et ses positions cachées.

Prendre du recul pour mieux décider

Dans les moments de bascule et de décision, la lucidité est une faculté précieuse. Les dirigeants les plus inspirants ne sont d’ailleurs pas toujours ceux qui réagissent le plus vite. En réalité, ce sont ceux qui savent s’élever, créer un espace de recul, prendre la distance utile et cultiver le temps du silence, pour suspendre un instant l’agitation et le brouhaha afin de laisser retomber la poussière et le bruit et, naturellement, être capables de distinguer l’essentiel: ce qui déterminera une décision adaptée à la situation en jeu.

Prendre la hauteur nécessaire pour voir au delà et penser à travers (thinking through) les nombreux filtres qui embrument le jugement et la capacité à décider avec clarté.

Les philosophes stoïciens exprimaient cette idée avec une grande simplicité : il s’agit d’apprendre à distinguer ce qui dépend de nous de ce qui ne dépend pas de nous. Autrement dit, accepter de se concentrer sur ce qu’on contrôle réellement plutôt que sur ce qu’on ne contrôle pas. Cet enseignement inoxydable a traversé 25 siècles. Il prend toute sa portée aujourd’hui, dans le chaos incessant du bruit, de la poussière et du flou qui nous aveuglent.

Se concentrer sur l’essentiel : ce qui dépend de nous

Pour un dirigeant, cette distinction est fondamentale. Certaines choses relèvent directement de sa responsabilité : ses décisions, ses priorités, la qualité des relations qu’il cultive, la clarté de sa vision.

D’autres, en revanche, échappent à son contrôle : les réactions du marché, les événements imprévus ou certaines dynamiques humaines. Le discernement consiste alors à concentrer son énergie sur ce qui peut réellement être influencé, tout en acceptant avec lucidité ce qui ne peut l’être.

Le discernement ne se construit pas dans la solitude. En effet, il se co-construit. Le décideur lucide est toujours à l’écoute. Il se nourrit d’autres points de vue, de regards et de perspectives différentes pour ajuster sa focale et être en prise avec la réalité. L’intelligence collective joue donc un rôle essentiel pour apprécier une situation avec toute la clarté requise. Les échanges, les questions et la confrontation des idées permettent souvent de révéler ce qu’un regard isolé ne peut percevoir.

Dans un monde où la complexité ne cesse de croître, la capacité de discerner est devenue une ressource inestimable pour le dirigeant éclairé. Non pas pour chercher à avoir raison. Mais pour voir juste et loin, au delà du brouillard.

Il y a une bonne nouvelle: le discernement est à la portée de tous. Il y a une autre bonne nouvelle: il se cultive, se nourrit et s’entraine chez Fortitude-Leadership. Rejoignez-nous pour la prochaine édition du D-Day Challenge!

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